"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Le pouvoir secret des psychédéliques



Quiconque s’aventure sur un chemin spirituel, est amené à considérer la possibilité qu’il émane de la nature une Mystérieuse Intelligence Universelle, qui peuple notre monde, qui est partout, et qui habite tout le vivant. C’est peut-être la réalisation de cette conscience universelle, et la capacité à garder un contact permanent avec elle, qui est serait des définitions du mot « spiritualité ».



« L'homme a créé des dieux ; l'inverse reste à prouver. » disait Gainsbourg. L’anthropomorphisation du divin, comme dans les religions, la tendance à conférer une nature intentionnelle et spirituelles aux éléments, dans l’animisme des chamans, a eu pour fonction de faciliter l’accès, la communication, la compréhension des dimensions spirituelles.


S’il est communément accepté que toutes les traditions spirituelle, et notamment les religions, sont chacune des doigts pointés dans la même direction, des chemins menant au même sommet, ou des facettes d’un même diamant, la raison secrète de cette similarité l’est beaucoup moins.


Se pourrait-il qu’une seule et même cause soit à l’origine du plus évident point commun entre toutes traditions millénaires ? Ce point commun est la possibilité d’un éveil spirituel, prenant divers noms à travers les lieux et les âges. Samadhi, Ataraxie, Salut, Satori, Nirvana, Illumination, Epiphanie, Révélation, Kénose, sont autant de concepts, avec autant de nuances, pour désigner ce que nous pourrions comprendre comme la réalisation d’une réalité transcendante, divine, et transformatrice.


Quant à l’origine de cette étonnante convergence, nombreux sont les scientifiques et universitaires qui se positionnent depuis plus de 50 ans, en faveur de ce que l'historien religieux le plus influent du XXe siècle, Huston Smith, a un jour qualifié de « secret le mieux gardé de l'histoire ». Explication.


2000 ans avant l’apparition de celui qui changea l’eau en vin, les cités-états qui constituaient la Grèce Antique rivalisaient chacune de leur initiation religieuse, sous l’égide d’une ou plusieurs figures de la mythologie grecque, dont la plus célèbre qui a perduré — rendez-vous compte — près de 2500 ans, fut celle d’Eleusis.


Le culte attirait les esprits les plus brillants de l’époque, dont la plupart des empereurs romains. Pour garder son expérience secrète, et contourner la peine de mort qu’il risquait à en révéler les détails, Platon a utilisé un langage vague et cryptique pour décrire son initiation. Comme tous les visiteurs, Platon a été définitivement transformé par ce qu’il a vécu à Éleusis, « un accès aux vérités cosmiques, au transcendant, au divin », après avoir bu un breuvage appelé Kykeon ou Cyceon, dont les spécialistes ont tenté d’élucider la composition depuis des décennies.


Après une gorgée de cet élixir, chaque initié recevait le titre honorifique d’epoptês, dont la signification s’approche de « celui qui a vu, observé, qui a été témoin ». Au cœur de ces mystères se trouvait « une rencontre immédiate ou mystique avec le divin », impliquant « une approche de la mort et un retour à la vie ».


D’autres personnalités comme Socrate, Sophocle, Aristote, Épicure, Plutarque et Cicéron y furent initiées. Ce dernier rapporte qu’à son époque, les mystères d’Éleusis exerçaient leur attrait « jusqu’aux confi ns les plus reculés du monde ». Au vu de l’aura de ces figures, que penser de l’influence qu’a pu avoir cette expérience de « mort avant la mort », à l’aide d’un des psychédéliques les plus puissants connus, sur la civilisation gréco- romaine sur laquelle la nôtre s’appuie ?


Il ne s’agissait pas d’une promesse d’immortalité, mais de la promesse d’une nouvelle vie après la mort, qui y était bien vécue, à l’aide de breuvages « magiques ». Pour Sophocle – l’un des dramaturges les plus connus de l’époque – le monde se divisait entre ceux qui avaient mis les pieds à Éleusis et les autres. Cicéron – le grand orateur et homme d’État du premier siècle avant Jésus-Christ – déclare dans Traité des lois, livre II :


Car il me semble que, parmi les nombreuses choses exceptionnelles et divines que votre Athènes a produites et contribué à la vie humaine, il n’y a rien de mieux que ces Mystères. Car, grâce à eux, nous avons été transformés d’un mode de vie rude et sauvage à l’état d’humanité, et avons été civilisés. Tout comme on les appelle des initiations, nous en avons en fait appris les fondements de la vie et en avons saisi les bases non seulement pour vivre dans la joie, mais aussi pour mourir avec une meilleure espérance.


Plusieurs scientifiques et universitaires, exposent le fait indéniable que le christianisme est né d’une pratique mystique qui a duré 2 500 ans, qui avait pour centre l’absorption d’une boisson à base notamment d’ergot de seigle, à partir duquel est synthétisé ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « LSD ».


C’est de cela dont il s’agit lorsque les plus grandes religions et leurs branches ésotériques parlent de « secret », et de tout le champ lexical qui s’en rapproche quand il s’agit de Dieu. Impénétrable, ineffable, tout simplement parce qu’il s’agit d’écrits, déformés depuis deux mille ans, alors que, pour « comprendre », nous ne pouvons que passer par l’expérience directe.


Avant les Mystères d’Eleusis, les textes fondateurs de l’hindouisme font déjà état, sous forme d’hymnes, d’un breuvage sacré permettant l’accès direct au divin : le Soma. Plusieurs siècles avant eux, l’Avesta, texte central du Zoroastrisme accorde une part centrale à une plante enthéogène nommée Haoma, avec laquelle il est possible de converser lors de son ingestion, dont découlera plus tard le Soma.



Renaissance Psychédélique


Après la campagne de prohibition planétaire menée par les Etats-Unis dans les années 70, un nouveau mouvement émerge, porté par des humains déclarant leur souveraineté, leur liberté d’ingérer ce qu’ils souhaitent et leur droit inaliénable d’explorer leur conscience avec ces outils de la nature. C’est ce que nous appelons la « renaissance psychédélique » qui a lieu depuis près d’une quinzaine d’années.


Des « sociétés psychédéliques » se constituent, afin d’oeuvrer pour une meilleure acceptation de ces substances révélatrices de conscience, en vue de leur future légalisation. Cette légalisation a déjà pris forme concrète dans plusieurs villes des Etats- Unis, et est en route de plusieurs autres pays, parmi lesquels le Canada et l’Australie.


En France, le pionnier majeur de cette renaissance est un psychiatre et psychothérapeute, le Dr Olivier Chambon, auteur de nombreux ouvrages de références les psychédéliques. A travers ses approches transpersonnelles (1) et post-matérialistes (2), il propose au lecteur de suivre la redécouverte des substances enthéogènes, d’abord sous l’angle scientifique et thérapeutique, puis de l’indissociable dimension spirituelle dans son brillant ouvrage « l’Eveil Psychédélique ». Les dernières avancées thérapeutiques sont relatées dans son dernier livre « Les Thérapies Psychédéliques : des Experts Témoignent ».


De nombreuses études, au nombre toujours croissant, mentionnent les effets prometteurs de plusieurs psychédéliques (notamment le LSD et la Psilocybine, la molécule principale des « champignons magiques ») sur la dépression, les addictions, et le stress post traumatique. Ainsi, plusieurs documentaires de qualité rendent à présent accessibles, et rétablissent les vérités cachées sur ces substances diabolisées par la culture populaire (3).



La notion de dangerosité


Cependant, tout interdit n’étant pas irraisonné, ou dénué d’argument, il convient d’établir une distinction, dans les produits interdits, entre ceux qui contribuent également au rétrécissement du champ de conscience, ou à une anesthésie de nos perceptions et de notre discernement, et ceux qui permettent justement l’inverse quant utilisés de manière adéquate : les psychédéliques.


Des études (4) ont contribué à ce discernement en définissant, selon quatre critères, le caractère « dangereux » d’une substance :


  • Son pouvoir addictif ;

  • Le préjudice qu’il cause à son consommateur (physique et psychologique) ;

  • Le préjudice qu’il cause à la société ;

  • Et, enfin, un coefficient très simple, issu du rapport entre dose efficiente et dose létale.


Ces études nous permettent de séparer le grain de l’ivraie au sein des substances illégales les plus consommées. En tête des divers classements issus de ces études, nous trouvons invariablement : l’alcool, l’héroïne, la cocaïne, la méthamphétamine.


En bas de classement, nous trouvons, avec la même régularité selon les études, le LSD et la psilocybine (molécule présente dans les champignons hallucinogènes). Ces derniers produits, selon la contre-culture mais aussi le monde scientifique, trouvent, par coïncidence ou non, leur place dans la catégorie dite des « psychédéliques » (qui délie ou révèle la psyché).


C’est ici – en témoigne leur consommation millénaire dans les pratiques chamaniques – que nous rencontrons leur dimension spirituelle, et leur effet sur la conscience. Les substances les moins « dangereuses » sont également celles qui donnent accès aux expériences transcendantes, spirituelles ou mystiques. Elles favorisent un élargissement ou approfondissement du champ de conscience, et non un rétrécissement, comme les substances légales. De même, elles ne sont très peu addictives, comparativement aux substances légales.


Beaucoup de substances présentes dans la nature ne font pas partie de ces études, simplement délaissées, car moins connues ou moins accessibles, et surtout innombrables. C’est le cas notamment de la DMT, pourtant présente dans quasiment tout le vivant, dans chaque organisme, des humains aux souris en passant par une grande majorité de plantes. La quasi-omniprésence de cette molécule interroge encore à ce jour, tout autant que sa fonction.


Mon avis personnel sur cette dernière question – partagé par beaucoup d’explorateurs de la conscience – est que la fonction de la DMT est étroitement liée à la spiritualité. Elle serait le catalyseur de l’expérience spirituelle. Pour ainsi dire, des expériences visant à reconnaître la réalité de ce que nous pouvons appeler « âme » et d’autres dimensions, comme réels, et, selon la dose et l’intensité de l’expérience comme beaucoup plus « réels » et tangibles que ce que nous considérons comme la réalité ordinaire.


L’expérience de la DMT (que nous produisons naturellement dans notre corps, au niveau de la glande pinéale et des poumons) permet de pénétrer une réalité alternative – ou, pour le dire plus justement, une réalité supérieure, en ce sens qu’elle englobe, et contient la nôtre. Notre réalité, ordinaire, apparaît alors comme une émanation, un rejeton, une création de cette dimension originelle, du moins fondatrice de la nôtre.


La nature de cette dimension créatrice (car tout s’y crée constamment) fait l’objet de nombreuses spéculations entre ses explorateurs. Le terme explorateurs peut faire sourire puisqu’il convoque spontanément, dans notre esprit, des images du siècle dernier, aux couleurs de jungles verdoyantes, dangereuses savanes, mers mystérieuses, paysages escarpés et pays lointains. Il ne s’agit pas, ici, de partir loin, mais en dedans, et au-delà, sans bouger de l’environnement propice à l’expérience.



La destination et le chemin


Les psychédéliques et les enthéogènes ne sont pas tant le chemin qu’un aperçu de la destination, que chacun pourrait s’autoriser à divers niveaux d’intensité, avec d’infinies précautions. Arriver à destination sans le chemin qu’est la méditation, quelle que soit sa forme, est à la fois périlleux et vain. Cela reviendrait à parachuter un enfant de 3 ans au sommet de l’Everest, sans préparation ni équipement. En dehors du danger évident que cette image évoque au lecteur, elle a pour but d’éveiller au fait que l’enfant ne comprendra rien à la valeur de son expérience, et n’aura sans doute qu’une envie : retourner au chaud dans sa chambre. Il lui aura été donné, en quelques secondes, ce que des adultes mettent des années à préparer, sans jamais s’affranchir du chemin. Les psychédéliques et les enthéogènes ne sont ni le but ni une fin en soi. Ils sont les outils, qui permettent de montrer le chemin vers la destination finale, ils sont la clé qui ouvre La Porte qui donne sur ce que l’on ne peut comprendre, seulement vivre. Et nous sommes tous, face à cela, des enfants avides d’exploration.


Pour probablement 99,9 % des humains, la destination n’est jamais atteinte. Pour une grande majorité d’entre nous, la destination réside dans le déni, la fuite, ou au mieux dans la rassurante clairière, à mi-chemin des dogmes et des religions. La destination, elle, n’évoque en rien le doux confort des pâturages alpins, ou des vertes forêts des contreforts himalayens. Sans être hostile, elle n’est simplement pas propice à l’humain.


Une fois le saut fait, quel que soit l’outil enthéogène ou psychédélique employé, quelque chose ne peut plus être ignoré. Un second soleil est placé dans le ciel de notre existence, il n’est pas physique, mais spirituel. Il nous réchauffe, permet la vie de quelque chose qui ne pouvait vivre en son absence.


Le chemin vers ces substances qui ne laissent aucun doute quant à la nature « divine » de l’existence – ou autrement dit, à l’existence d’une intelligence et d’une intentionnalité universelle – devrait, pour celui qui souhaite « mourir avant la mort », se faire avec une immense précaution et une longue préparation. Il s’agit là d’une affaire de santé mentale. Il me semble crucial de paraphraser, ici, l’adage de Paracelse (5) : Tout est poison, rien n’est poison, c’est la dose qui fait le poison. Entre la suggestion de ces deux limites se situerait l’éveil spirituel dont il est question depuis des millénaires.


De l’effondrement identitaire induit par le Bufo alvarius, de la dissolution de la réalité en une symphonie synesthésique vécue avec le LSD, de la visite de la grande bibliothèque universelle sous la guidance d’un extraterrestre grâce à la psilocybine contenue dans les champignons magiques, ou de la rencontre avec une entité maternelle polymorphe se présentant comme l’intention créatrice de tout ce qui est, et dont l’impulsion est l’amour, que permet l’ayahuasca, ces quatre expériences sont radicalement différentes, comme quatre points cardinaux. Comme quatre facettes d’un diamant qui en compte une infinité, se rejoignant toutes en son centre.


De tout temps, les hommes ont tenté de rapporter en mots le contenu de ces expériences ; ont tenté de les institutionnaliser et de les organiser. Du chamanisme sont nés les cultes à mystères de la Grèce antique, détruites par les religions du Livre, librement inspirées de ces dernières, barrant l’accès à l’expérimentation directe, imposant une intermédiation cléricale dépositaire exclusive de l’interprétation dogmatique de l’expérience enthéogène de quelques prophètes, ayant mobilisé des foules considérables. Du dogme de ces religions, coupant l’accès à la source infinie de l’enseignement universel qui ne peut s’exonérer de l’expérience directe des plantes maîtresses, naît une impasse.


À l’image d’un cœur qui se contracte et se dilate, et permet ainsi une circulation, à l’image des saisons se succédant en une pulsation infinie, du cycle du jour et de la nuit, du soleil et de la lune, l’humanité arrive en fi n de contraction. Le remède est là, juste sous nos yeux. Il prend la forme de quelques molécules, qui, employées avec la bonne intention, nous ouvrent les yeux.


À dimension plus humaine, je crois fondamentalement que, tout comme un traumatisme non intégré, non conscientisé, trace le chemin d’une vie de souffrance menant à la maladie et à la mort prématurée, un événement positif d’intensité égale peut renverser la tendance et mener vers la guérison.


Il s’agit, ici et maintenant, d’injecter de l’esprit dans la matière, de l’humilité dans le dogme, de l’intuition ou de l’art dans le scientisme, du féminin dans le masculin, de la conscience dans l’ignorance, de la lumière dans l’ombre, de l’amour dans la peur. Il s’agit de nous préparer à la rencontre avec une entité que notre niveau de conscience actuel ne peut pas concevoir. Et qui nous attend avec un amour et une bienveillance infinie.


Pour aller plus loin: www.curieuxhasard.com










 

Passionné de spiritualité et de psychologie transpersonnelle, Stephan est auteur, conférencier et praticien en relation d'aide, nourri par plus de 20 années de cheminement spirituel. Il est suivi par plus de 90.000 personnes sur les réseaux sociaux.


(1) - La psychologie transpersonnelle est une école de psychologie née au tout début des années 1970 de la rencontre entre plusieurs thérapeutes, dont Abraham Maslow et Stanislav Grof. Zlle se situe dans la lignée de psychanalystes comme Carl Gustav Jung et intègre aux découvertes des écoles psychologiques classiques, les données philosophiques et pratiques de traditions spirituelles (religions et chamanisme) ainsi qu’une étude approfondie des états modifiés de conscience.

(2) - https://inexplore.inrees.com/articles/Manifeste-science-Beauregard.

(3) - Voyage aux Confins de l’Esprit (Netfl ix) – Have a good trip (Netflix) – DMT la molécule de l’esprit (Youtube ) – D’autres mondes, de Jan Kounen (Youtube).

(4) - “Drug harms in the UK: a multi-criteria decision analysis”, by David Nutt, Leslie King and Lawrence Phillips, on behalf of the Independent Scientific Committee on Drugs. The Lancet.

(5) - Paracelse (1493-1541) était est un médecin, philosophe, alchimiste, théologien laïc suisse. Sa pensée est le point de départ du long processus de séparation de la chimie de l’alchimie.