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Wu Wei, l’art du non-agir



Le Wu Wei est une notion clef du taoïsme qui peut être traduite par « non-agir » ou « non-intervention ». Pour autant, il ne s’agit pas d’une attitude de passivité, mais bien de lâcher-prise où l’action sans effort se déroule en harmonie avec « l'ordre cosmique originel », sans tenter de le modifier, afin de se fondre dans le mouvement spontané de la nature et de la Vie.



Lorsque l’on évoque le principe du Wu Wei aux occidentaux, la majorité trouve étrange que puisse exister une philosophie invitant à la non-action. Nous vivons en effet dans une société qui nous pousse constamment au contraire : pensées, paroles, sensations, communications et suractivités jusqu’à la saturation. Et lorsque ce flux s’interrompt, volontairement ou involontairement, et que nous ne faisons plus rien, certains d’entre nous ressentent un vide, tandis que le mental cherche à remplir au plus vite cet espace vacant inacceptable. La non-action est d’ailleurs souvent synonyme d’une « perte de temps » dans nos contrées.


Valeurs & vertus du Wu Wei Le Tao-tö-king, le célèbre « livre de la voie et de la vertu » fut écrit il y a 2.500 ans par Lao Tseu, le père fondateur du taoïsme. Ce philosophe pensait que la meilleure façon de vivre était de se synchroniser avec le flux de la nature et du cosmos. Il s’agit là de l’inspiration centrale du Wu Wei : laisser les choses suivre leur cours naturel et s’y adapter.


Lao Tseu a même fait du Wu Wei un principe politique de gouvernement idéal. L'idée d'obtenir de meilleurs résultats par « une sage passivité stratégique » a été au cœur des notions chinoises de politique et de diplomatie pendant des siècles. L’influence du Wu Wei dans le monde politique est telle que le trône de plusieurs empereurs était surmonté d'un panneau laqué portant l'inscription « Wu Wei » en tant que devise nationale et ce, jusqu'à la fin de la Chine impériale en 1911 ! Dans les manuels de sagesse taoïste, il est répété sous diverses formes qu'au lieu d'imposer un plan ou un modèle à une situation (en particulier lorsqu’elle est conflictuelle), nous devrions laisser les autres agir (souvent impulsivement), puis simplement nous ajuster légèrement à mesure que nous voyons la direction dans laquelle les choses évoluent...



« Le sage peut découvrir le monde sans franchir sa porte. Il voit sans regarder, accomplit sans agir. »

[Lao Tseu]


La Voie-sans-voie Le Wu Wei est étroitement lié à la vénération taoïste pour le monde naturel. L’idée est de laisser notre comportement être aussi spontané et inévitable que certains processus naturels. Il s’agit de se laisser simplement porter par le courant de la Vie, plutôt que de sans cesse essayer de le contrôler et de nager à contre-courant...


Le Wu Wei implique d'abandonner nos préconceptions et nos idéaux que nous essayons (souvent à notre insu) d'imposer aux situations de notre vie et dans nos relations. Cette voie-sans-voie nous invite plutôt à répondre spontanément et sans effort à chaque événement, tout en mettant de côté nos objectifs, planifications et volontés égocentriques.


Une des conséquences inévitables de la pratique du Wu Wei est un retour à une vie beaucoup plus simple, ce qui se traduit souvent par un retour à la paix et à l’harmonie. Cette simplicité implique de laisser aller les ambitions et désirs égoïstes, puisqu’il devient alors évident qu’ils représentent les sources principales de résistances, d’inquiétudes et de souffrances.


Le Wu Wei soutient par ailleurs que cette simplicité retrouvée nous aide à accepter les choses telles qu’elles sont et telles qu’elles viennent, à ne plus résister au cours des événements et, surtout, à ne plus prétendre avoir un quelconque contrôle sur eux.



Wu Wei & Neurosciences

En 2014, a écrit « Trying Not to Try » (littéralement « Essayer de ne pas essayer ») dans lequel il fait un parallèle entre l’antique philosophie chinoise du Wu Wei et les neurosciences cognitives modernes.


Pour lui, le Wu Wei est une attitude spontanée qui fait que « l'acte que vous êtes en train d’accomplir vous réussit par enchantement, sans effort, ni volonté : votre tâche se remplit d’elle-même, pour ainsi dire, presque sans vous ». Il précise que « dans l’état de Wu Wei, les régions du contrôle cognitif sont partiellement inactives dans votre cerveau : vous n’êtes plus en train d’exercer un contrôle actif. (…) Il existe une étude réalisée à l’aide de l’imagerie par résonance

magnétique fonctionnelle (IRMf), où l’on peut observer le cerveau des pianistes de jazz en train d’improviser : les régions cérébrales responsables du contrôle conscient sont partiellement désactivées.»


Les musiciens entrent alors dans le « flow » où ils deviennent eux-mêmes des instruments exprimant le flux spontané de la vie…



Attendre et observer Tout comme en permaculture, l’un des axes du Wu Wei consiste à apprendre à attendre et à observer. Il repose sur l’idée que « l’énergie doit être conservée pour les moments où l’action est inapplicable ». Celui qui observe et attend le moment propice agira non seulement avec une plus grande sagesse, une meilleure efficacité, mais surtout avec une plus grande vitalité puisque notre énergie n’aura pas été gaspillée en actions et réactions sans importance.


Quand on réalise qu’une grande majorité de nos pensées, paroles et actions sont contre-productives puisqu’elles servent principalement à « résister à ce qui est », on peut se détendre et faire le choix de lâcher prise afin de revenir naturellement à l’action sans effort. Ce « sans effort » est souvent mal compris par la pensée occidentale, or cela ne signifie pas être négligent, paresseux ou passif, mais « à nous synchroniser avec le flux naturel de la Réalité ».



« Il s’agit pour l’individu de s’oublier lui-même, en quelque sorte, et de se considérer comme un agent par lequel s’accomplit une action. »

[Edward Slingerland]



Le Wu Wei en pratique Les éléments pratiques proposés par la philosophie de vie du Wu Wei se concentrent principalement sur 4 axes :


  • Accepter le fait que ce que nous appelons « problèmes » sont en réalité nos propres créations, ils n’apparaissent pas sans raison, ils sont créés par nos conditionnements et notre mental ;

  • Apprendre à ne plus faire d’efforts mentaux pour résoudre les problèmes : ne plus se les représenter ou les conceptualiser en pensée, ni tenter d’imaginer des solutions — l’idée est plutôt de ne plus les alimenter et de les laisser se diluer d’eux-mêmes ;

  • Apprécier le flux naturel des choses, autrement dit : adopter une attitude d’observation face aux événements, tout en abandonnant l’idée que nous devrions agir sur eux ;

  • Lâcher le contrôle, ne plus essayer de forcer une direction ou une approche spécifique — laisser tout simplement les choses suivre leur propre cours (la Vie est infiniment plus intelligente que nous...).

Ainsi, cette non-ingérence ou non-interférence proposée par le Wu Wei représente une véritable éthique comportementale. Une éthique qui peut nous conduire à quitter l’identification personnelle et ainsi retrouver l’agir spontané qui est l’état naturel de tout être humain. Une voie-sans-voie qui dévoile que par le non-faire, il n’est rien qui ne se fasse...












 

RÉFÉRENCES :

  • « Les doigts pointés vers la lune. Réflexions d'un pèlerin sur la voie » de Wu Wei Wei chez Almora

  • « Wu Wei. Le Tao, l'Art, l'Amour d'après Lao Tse » d’Henri Borel chez Nataraj

  • « La voie négative » de Wu Wei Wei aux Ed. La Différence

  • nospensees.fr

  • theschooloflife.com

  • Wikipédia