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Zen et physique quantique



Quand un moine rencontre le boson de Higgs


Dès le début du XXème siècle la physique a traversé une révolution avec l’avènement de la physique quantique et plus récemment de l’astrophysique. Ses observations sur la non-dualité entre onde et particule ne sont pas si éloignées de la vision du Zen concernant la vacuité et la non-essence intrinsèque de tous les phénomènes, tant matériels comme l’apparition de la matière que spirituels. Ce nouveau paradigme influence l’approche à partir de laquelle nous percevons notre monde, et est un élément essentiel de la vie quotidienne d’un être éveillé. Toutefois dans sa majeure partie notre univers nous reste encore inconnu.


Durant les trente-cinq années pendant lesquelles j’ai pratiqué la méditation Zen comme moine bouddhiste, tout en travaillant comme physicien au CERN, à Genève, le laboratoire européen de recherche en physique des particules, j’ai constamment réfléchi aux rapprochements du regard du Zen sur le monde et celui de la physique contemporaine. Avant de mettre en perspective ces deux visions de notre Univers qui paraissent si éloignées, il est important de voir qu’une telle approche intégrée se retrouve dans la recherche d’une vérité ultime et dans la découverte du véritable sens de sa vie. Cette quête naît d’abord à l’intérieur de soi-même, par sa propre expérience.


La vision du Zen et de la physique quantique


Contrairement aux objets qui obéissent aux lois de la physique classique, les entités régies par les lois de la physique quantique sont indéterminées et inobservables en elles-mêmes. Dès que nous les observons, nous les projetons dans un état particulier, soit ondulatoire, soit sous forme de particules. En physique classique, ces deux états sont incompatibles, les ondes sont non matérielles, les particules quant à elles le sont alors que dans le monde quantique, ces états sont superposés et indissociables. Du moment que nous les observons, cette intervention conduit à définir la forme dans laquelle elles apparaissent dans notre monde macroscopique. Celle-ci est la seule réalité à laquelle nous pouvons accéder.


De même nous ne connaissons notre monde que par notre observation, par notre esprit ; la réalité de toutes choses en elle-même nous échappe, comme le sont les entités quantiques. Par conséquent notre expérience de l’existence est constituée des multiples spécificités que nous créons dans notre esprit et prenons pour réelles et intrinsèques. Nous risquons de nous y attacher, ce qui génère de la souffrance, car tout bascule, rien ne dure. Etudier son esprit revient à étudier son monde. Dans la vision Zen rien si aucun être n’existe que par lui-même, tout interagit dans l’instant dans une interdépendance globale au gré des conditions. Tout ce que nous connaissons provient de nos observations et n’est que forme sans essence propre, phénomènes, comme le sont les ondes, comme l’est la matière. A partir de ces deux visions, la réalité pure n’est que vacuité.


Une vacuité universelle


Mettons en parallèle ces deux citations : Bouddha a dit : « La vraie forme de Bouddha est le vide universel. », et Einstein : « Ce que nous avons appelé “matière” est l’énergie, dont la vibration a été hautement réduite afin d’être perceptible par les sens, Il n’y a pas de matière. »


Dans la philosophie Zen, l’essence de toute chose est sunyata, la vacuité, la véritable nature de toute existence. Il est impossible de comprendre totalement la vacuité car celle-ci n’est pas quelque chose que nous pourrions saisir.


Cette vision s’oppose au fait de penser que nous sommes uniques, isolés des autres et du monde. Nous existons, nous faisons l’expérience réelle d’une forme humaine mais en essence nous ne sommes qu’impermanence. Le poète Ryokan a écrit : « La vie en ce monde, à quoi la comparer ? A un écho qui se propage et se perd dans le vide. »


Dans notre univers, lors des premiers instants suivants le big-bang, la masse, la matière est apparue. De quoi ? Non pas du néant dont ni le temps, ni l’espace ne peut naître, mais d’une manifestation d’une dynamique inhérente à la vacuité. Selon le modèle standard régissant notre compréhension actuelle de la physique des particules, deux classes d’éléments, dénués de masse, inobservables en eux-mêmes (appelés quarks et champ de Higgs), sont fortement entrés en interaction et de leur jonction est née la matière. L’Univers, et nous-mêmes des milliards d’année plus tard, sont alors apparus.


Nous sommes aussi issus de cette vacuité originelle. La vision de la vacuité dans le Zen n’est pas sans rappeler celle qui peut-être précéda le big-bang.


L’éveil, un engagement de vie


Nous avons le choix de mener soit une vie mondaine entre notre naissance et notre mort, soit de nous diriger vers une vie éveillée, spirituelle, une vie de bodhisattva. Un bodhisattva est un être humain qui fait vœu de réaliser l’éveil à la réalité, à la vacuité de toute chose. Il fait le vœu de devenir un bouddha, omniscient, tout en souhaitant ardemment que tous les êtres y parviennent également. Pour cela, il fait preuve à la fois de sagesse et de compassion, aidant chacun dans sa quête d’éveil et dans la connaissance de son esprit.


Le bodhisattva agit dans le monde tout en comprenant profondément grâce à sa sagesse que l’essence de tous les êtres est sunyata, vacuité, et que par conséquent il est vain de s’attacher à quoi que ce soit, ni aux êtres, ni aux choses. Parallèlement, grâce à sa compassion désintéressée, il agit pour faire grandir tous les êtres en sagesse et les éveiller à la conscience de leur véritable réalité et de leur vérité existentielle.


Faire l’expérience d’une telle vacuité originelle par la méditation unifiée du corps et de l’esprit a de multiples conséquences dans notre vie quotidienne. Bien que nous le croyions, nous réalisons que rien ne nous appartient en propre, ni la nature, ni nos biens. Nous pouvons alors nous élever à une éthique transcendante bien au-delà de notre Moi. Cela représente à mon avis un espoir d’avenir durable pour notre planète. Notre vision du monde et nos actions sont créées par notre esprit, changeons-le !


Notre univers, ce large inconnu


Nous ne connaissons que 5% de notre Univers, sa masse visible. Les 95% résiduels restent une énigme. La partie la plus inconnue représente environ 75% de la constitution de l’Univers : l’énergie noire, c’est à dire cachée.


Récemment, il a été observé que non seulement notre Univers est en expansion mais que cette expansion s’accélère. Comme si la partie non matérielle de notre Univers, la vacuité, était la source d’une telle dilatation. Plus cette composante prend d’importance, plus l’expansion de l’Univers s’accélère.


Sommes-nous encore loin d’avoir compris l’Univers dans lequel nous vivons ? Les révolutions de la physique quantique et de la cosmologie moderne modifient constamment notre regard. Les inconnues qui les traversent éveillent en nous de grandes questions sur notre compréhension du Monde. Il se pourrait que notre perception de la réalité évolue encore, modifiant notre conception actuelle.












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