"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Simplicité et sobriété heureuses !


... et le bonheur inattendu de l’auto-modération volontaire.


L’auto-modération semble être un puissant antidote contre les méfaits engendrés par la surabondance sans joie dans laquelle les pays développés se sont enlisés. La simplicité et la sobriété heureuses (car volontaires) forment une posture intérieure et une action extérieure pouvant contrebalancer l’idéologie du toujours-plus-illimité, fondée sur une boulimie consommatrice qui n’a pas de sens.


Bien que cela soit la réponse la plus logique face aux enjeux planétaires, le retour à une vie simple et sobre est loin d’être une voie nouvelle. La majorité des traditions philosophiques et religieuses l’ont toujours encouragé.

L’Histoire humaine est ainsi parsemée de récits d’individus inspirés et inspirants qui ont délibérément choisi la sobriété et la simplicité, tels que Benoît de Nursie, François d’Assise, Léon Tolstoï, Rabindranath Tagore, Albert Schweitzer, Confucius, Zarathustra, Bouddha, Jésus, Mahomet, Diogène, Henry David Thoreau ou encore Mahatma Gandhi, pour n’en citer que quelques-uns.

Au-delà des individus, de nombreux groupes pratiquent également depuis des siècles des modes de vie dans lesquels certaines formes de richesse ou de technologie sont exclues pour des raisons religieuses ou philosophiques : les Shakers, les Mennonites, les Amish, les Huttérites, les Colonies Amana, les Vieux Frères Baptistes Allemandes et les Quakers en sont de bons exemples.

À partir des années ‘20, un certain nombre d’auteurs théorisent, pratiquent et jettent les bases d’un véritable mouvement de retour à une vie plus simple. En 1936, Richard Gregg propose l’expression « simplicité volontaire » dans un de ses ouvrages. Terme qui sera ensuite repris par de nombreux auteurs, tels que Duane Elgin, Ted Trainer ou encore Janet Luhrs qui a véritablement popularisé la démarche début des années ’90 dans les pays anglophones, grâce à son célèbre ouvrage « The Simple Living Guide » (non-traduit).

Plus récemment, Pierre Rabhi — paysan poète, fondateur du mouvement ‘Colibris’ et figure représentative du mouvement de l’agroécologie en France — publie en 2013 : « Vers la sobriété heureuse ». Un ouvrage clef qui redonne ses lettres de noblesse à la sobriété, soulignant que seul le choix de la modération, d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permet de rompre avec cet ordre anthropophage appelé ‘mondialisation’.


" En parcourant le site de ‘Mr Mondialisation’, je suis tombée sur un dessin humoristique qui illustrait un choix entre ‘Eviter le crash écologique et sauver l’humanité’ et ‘Maintenir son confort de vie’. Cela m’a percuté (voir image ci-dessous). Les deux n’étaient évidemment pas conciliables. Je me suis donc engagée avec ma famille à revenir à l’essentiel et à décélérer petit à petit, un domaine à la fois. Le plus magique, c’est que cette démarche nous a permis de nous rendre compte que l’ancien ‘confort de vie’ n’en était pas vraiment un ! Le choix posé par le dessin n’était qu’apparent, car ce qui a été ‘perdu’ était en réalité complètement inutile. Même si notre vie actuelle est beaucoup plus sobre qu’il y a quelques années, elle est infiniment plus riche et confortable ! "

Sonia P.



Une éthique de vie

Tous ces auteurs mettent en avant le fait que depuis la révolution industrielle, nos vies sont quasi entièrement dévolues au travail et à l’exigence de productivité. Nous sommes possédés par ce que nous croyons posséder. Pour retrouver notre pleine liberté et agir concrètement faces aux multiples crises, il est essentiel de s’engager individuellement et collectivement à calmer nos désirs afin de cheminer vers une vie plus sobre et plus simple, guidée par la sagesse de l’auto-modération.

Cette éthique de vie implique de revenir à des habitudes différentes, ce qui peut être rapide et facile pour certains ou être un processus long et graduel, voire difficile, pour d’autres. L’essence de ce mode de vie consiste à identifier l’essentiel et progressivement éliminer le reste. L’idée peut sembler séduisante, mais une idée ne reste qu’une pensée tant qu’elle ne s’incarne pas dans notre vie. Dans ses livres sur le ‘minimalisme’, Danny Dover explique que seule la mise en oeuvre concrète et pratique de ces idées font qu’elles deviennent des habitudes. Et comme les habitudes façonnent la culture au sein de laquelle elles émergent, cela favorise immanquablement le changement de mentalité dont le monde a besoin.


" Le déclic s’est produit en regardant les émissions « Rendez-vous en Terre inconnue » de Frédéric Lopez. Toutes ces tribus ancestrales qui vivent en parfait équilibre avec leur environnement depuis des millénaires ont un point commun : ces hommes et ces femmes sont à leur juste place dans le cycle de la vie, ne prélevant que le strict nécessaire à leurs besoins et redistribuant les surplus. Même si les humains civilisés se sont perdus dans les méandres de la surconsommation, le petit colibri que je suis a choisi de revenir à la seule démarche raisonnable qui soit : l’équilibre en toute chose. Ce qui prend automatiquement la forme de la sobriété et de la modération."

Jeanne S.



Pratiques volontaires

Le retour à un mode de vie simple, sobre et frugal englobe un certain nombre de pratiques volontaires. Celles-ci peuvent inclure, par exemple, la réduction des biens matériels, un changement de régime alimentaire (végétarisme, véganisme, crudivorisme, …) ou encore un engagement sur la voie de l’autosuffisance. Bien que l’ascétisme puisse généralement favoriser le retour à une vie simple, la majorité des partisans de ce mode de vie ne sont pas des ascètes. Chacun chemine à son rythme et selon ses possibilités.

A noter : les ‘sobres heureux’ se distinguent évidemment de celles et ceux qui vivent dans la pauvreté forcée, il s’agit ici d’un choix de vie volontaire.


"Je suis passé d’une sobriété en tant que ‘valeur’ à une sobriété ‘incarnée’ le jour où j’ai déménagé dans une maison perdue dans la Nature ‘hors réseaux de distribution’. Quand tu n’es ni relié à l’eau courante ou à l’électricité, tu mesures vraiment et très concrètement les automatismes, conditionnements et l’énorme gaspillage dans lesquels tu as vécu jusque-là. Tant que l’eau coule en abondance au robinet, que l’énergie et les ressources sont disponibles à la demande, la question de la modération n’est pas aussi incarnée que lorsque tu ne peux consommer que l’eau de pluie disponible dans ta citerne ou l’énergie que tu produis localement et stockes dans des batteries. Je conseille vraiment à toutes celles et ceux qui en ressentent l’élan de revenir à la Nature et de s’affranchir des réseaux de distribution. Paradoxalement, derrière les apparentes contraintes, c’est une satisfaction et une liberté incroyables !"

Yoal D



Les raisons qui poussent un individu à choisir une vie plus simple et sobre sont nombreuses. Cela peut être pour des questions de nécessité économique, d’éco-activisme ou d’aspirations spirituelles. Il peut aussi s’agir d’une démarche pour augmenter sa qualité de vie, retrouver du temps (avec soi, son conjoint, ses enfants, …) ou encore un désir de ralentir et quitter le rythme de vie effréné et non naturel imposé par le système. L’élan peut également venir de la nécessité de diminuer un niveau de stress trop élevé ou simplement rééquilibrer travail et vie personnelle afin de ne plus « perdre sa vie à la gagner ». S’engager dans un mode de vie plus sobre peut aussi être une réaction au matérialisme et à une consommation ostentatoire. D’autres citent des objectifs sociopolitiques en accord avec des mouvements anticonsuméristes de décroissance radicale, d’écologie profonde ou de résistance active.

Pour certains, cela peut aussi être un peu pour toutes ces raisons à la fois...


"Pour moi, la ‘décélération joyeuse’ est le pendant concret de tous les discours au sujet de la décroissance, de la sobriété, du minimalisme, de la simplicité, etc. On peut en parler pendant des années, écrire des livres et même donner des conférences sur le sujet, tout en restant dans une approche conceptuelle qui masque encore un matérialisme sécurisant. Quand tu choisis concrètement de décélérer, tu dois immanquablement lâcher-prise de tes anciens fonctionnements. Tu ne peux suivre deux lièvres à la fois. Ni même un seul. Tu dois redevenir tortue… car la ‘slow life’ c’est la vraie Vie !"

Annick S.


Réduire et ralentir

Comme les individus qui pratiquent une vie simple réduisent leur consommation, les dépenses en biens et services, le temps passé à gagner de l’argent peut alors être considérablement réduit. Le temps économisé peut être utilisé pour poursuivre d’autres intérêts : en utilisant par exemple le temps libre supplémentaire pour améliorer sa qualité de vie, en poursuivant des activités créatives (art, artisanat) ou en développant sa résilience grâce à un projet permaculturel de potager collectif ou de forêt fruitière.

La réduction des dépenses permet également à certains d’épargner, ce qui peut conduire à une forme d’indépendance financière et même à la possibilité d’une retraite anticipée.


" Un jour un ami est venu m’aider à changer la pompe de ma citerne d’eau de pluie. Après le bricolage, il demande à se laver les mains. J’ai été émerveillé par son utilisation de l’eau : un fin filet pendant quelques secondes pour humidifier ses mains - stop - une toute petite goutte de savon liquide pour un nettoyage méticuleux – puis un fin filet d’eau pour le rinçage. Il avait utilisé 10 fois moins d’eau que je ne l’aurais fait pour le même résultat… et je me considérais déjà économe ! Une belle leçon qui illustrait une fois de plus que le chemin vers la sobriété n’est jamais fini. "

Jean-Claude B.


Résilience et autosuffisance

Une façon puissante de simplifier sa vie est d’amorcer un retour à la terre et de cultiver sa propre nourriture. Une autosuffisance accrue réduit la dépendance au système monétaire, tout en ayant un fort impact sur l’énergie qu’il faut pour produire et transporter sa nourriture.


Par exemple, le jardin-forêt, même sur une petite surface, est le système de production alimentaire le plus efficace qui existe. Raison pour laquelle de nombreux permaculteurs en font la promotion. Les forêts sont, en effet, les écosystèmes les plus évolués sur la planète : tout y pousse en abondance sans que personne ne sème, ne laboure ou n’arrose ! En recréant les différentes strates propres à ces systèmes, n’importe qui peut créer un véritable jardin d’abondance productif où, à terme, le temps et le travail à y consacrer sera très limité.


Les citadins peuvent également produire des fruits et légumes frais cultivés dans des jardinières ou des serres miniatures intérieures. De nombreux projets de jardins collectifs partagés sont un autre moyen de s’inscrire dans une démarche vers l’autosuffisance alimentaire.



Reconsidérer la technologie

Les citoyens engagés dans la sobriété heureuse ont parfois des opinions tranchées sur le rôle de la technologie dans nos vies. A raison. Même si certains partisans des ‘hightech’ y voient un moyen effi cace pour changer la culture dominante (en soutenant par exemple qu’Internet peut réduire l’empreinte carbone d’un individu grâce au télétravail), ces ‘technologies de pointe’ qui semblent simplifier la vie induisent souvent des effets primaires et secondaires néfastes. Dans son ouvrage « Illusions vertes », Evgeny Morozov identifie par exemple comment les ‘high-tech’ épuisent les ressources non-renouvelables, augmentent drastiquement la consommation d’énergie et aggravent considérablement les dommages environnementaux. Il est donc important de poursuivre les recherches pour arriver à créer des technologies très sobres en énergie et basées sur le recyclage des matières existantes ou, mieux, développer les « Low-tech (1) ».


Quant au futur de la production d’énergie, les experts s’accordent pour dire qu’il sera forcément décentralisé et verra la mise en réseau de micro-producteurs locaux. Chacun produira de l’énergie à sa mesure (petit éolien, hydro, solaire, géothermie, …) et sera relié à ses voisins, sa communauté, pour une résilience énergétique optimale.


" On me demande parfois des conseils pour ‘bien commencer’ sur le chemin du retour à la simplicité. Et bien, il suffi t de pratiquer ce petit exercice : imagine concrètement pour toi une vie dont les besoins de base ne dépendent plus de moyens de production et de transport énergivores, une vie 100% résiliente, autonome en énergie et à l’empreinte zéro ; reviens ensuite à l’observation sans jugement de là où tu en es par rapport à cette idéalisation — il suffi t alors de tracer une ligne entre les deux et de poser un premier pas dans la bonne direction. Cela dépend de tes affi nités. Pour certains, ce sera dans la sphère alimentaire, pour d’autres ce sera un changement professionnel ou simplement de moyen de transport. L’important est de faire le premier pas et de se fi xer des objectifs réalistes… ou pas ! Comme le disait Oscar Wilde : Il faut toujours viser la Lune, car même en cas d’échec on atterrit dans les étoiles !"

Fabrice C.



Un voyage, pas une destination

Anatole France disait : « Si le chemin est beau, ne nous demandons pas où il mène », ainsi le voyage qui mène à une vie plus simple et sobre est ce qui compte le plus. La destination imaginée par le mental est souvent un mirage et l’occasion de nous comparer aux autres et parfois de nous juger. Dans ce cas, il est évident que d’autres seront toujours perçus comme étant beaucoup plus avancés dans leurs démarches que nous. Parce qu’en matière de sobriété, de minimalisme et de simplicité, autant le dire, la barre peut être très haute (ou très basse… c’est selon !). Comparer nos ‘progrès’ à ceux d’autrui est donc futile. L’important est de décélérer pas à pas et d’apprécier le processus. Même s’il peut être important de se fixer des objectifs, ne laissons pas notre bonheur en dépendre. Inutile de se juger si nous ne sommes pas encore passés à la toilette à compost, que nous ne sommes pas 100% zéro déchet ou que nous prenons des douches de plus de 3 minutes… ! Célébrons plutôt chaque petit pas dans la bonne direction et savourons les délices insoupçonnés du voyage de retour à la simplicité, l’état naturel et originel de tout être humain.


Finalement, face aux enjeux actuels qui ruinent la planète au profit d’une élite largement minoritaire, l’auto-modération et la sobriété se révèlent, tôt ou tard, la seule réponse qui ait vraiment du sens. Une réponse naturelle inspirée à la fois par la logique et la raison, mais aussi et surtout par la sagesse du coeur.


Gageons que cet ‘ancien mode de vie du futur’ redevienne un nouvel art de vivre éthique partagé par un nombre exponentiel d’êtres humains éveillés et conscients.










(1) voir le dossier « Low-tech’… le futur du ‘high-tech’ ? » publié dans ETRE Plus n°308 de juin 2019

Références :

• « Vers la sobriété heureuse » de P. Rabhi, Actes Sud

• « Du gaspillage à la sobriété. Avoir moins et vivre mieux ? » de V. Guillard, De Boeck

• « A la découverte de la sobriété heureuse. Ils ont fait de mon utopie leur réalité ! » de J. Mayeul, Cerf

• « Le bonheur inattendu de la sobriété » de C. Gray, Opportun




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