"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Recréons notre lien avec la Nature



Aujourd’hui, il est courant d’opposer l’homme et la nature comme s’il s’agissait de deux choses différentes. Ce point de vue occidental est assez récent dans l’histoire de l’humanité. L’ethnologue Philippe Descola montre que nombre de peuples d’Amazonie considèrent les plantes et les animaux comme des frères de l’homme sans différence fondamentale. Cette séparation de l’homme et de la nature, qui a essentiellement débuté à la Renaissance avec l’évolution des sciences, est allée de pair avec une réification ou chosification de la nature, c'està-dire la réduction des êtres vivants à de simples objets.


Auprès de mon arbre …

Je vous propose d’observer un grand arbre par exemple. Si je suis honnête avec moi-même, je me rendrai compte que seul devant mon arbre, je ne sais pas comment établir un lien. La nature ne me parle plus directement comme cela était encore le cas pour Paracelse qui lisait le « langage de la nature ». Devant mon arbre, m’arrive à l’esprit, selon mon niveau de formation scientifique et mon intérêt personnel, un certain nombre d’idées toutes faites : son nom, le fait que ses feuilles servent à la photosynthèse, des schémas de molécules, la production de bois, etc. Oui, mais tout cela ne m’aide guère à rencontrer l’arbre concret qui est devant moi ici et maintenant. Pour véritablement « rencontrer » la nature, il faut d’abord se libérer de tous les modèles intellectuels qui encombrent ma tête. Il faut que je crée un espace ouvert en moi qui puisse accueillir ce que montre à mes sens l’arbre observé. Plus j’affine mes sens, plus je découvre des aspects variés de l’arbre observé. L’aspect massif du tronc, sa densité, la rugosité de l’écorce, le mode de ramification des branches, l’épaisseur des rameaux, l’implantation des feuilles, leur forme, leur couleur, etc. Il faudrait observer cet arbre au fil des saisons et même au fil des années pour faire l’expérience de sa croissance. Puis, dans une deuxième phase, je peux essayer de le recréer en me remémorant toutes les observations. Ainsi, peu à peu, je me lierai à lui toujours plus intimement ; j’aurais l’impression d’avoir fait connaissance avec un être qui vit et plus seulement une chose.

Je commencerai à saisir l’arbre de l’intérieur, à comprendre sa nature profonde… Ainsi au lieu de disparaître dans un monde froid de représentation de molécules, l’arbre prend encore plus de relief, de texture, de couleurs, en bref de vie… Et finalement si je poursuis ces observations régulièrement comme le Petit Prince de St Exupéry avec sa rose, je me sentirai lié à cet arbre, c'est-à-dire que je m’en sentirai responsable. Et en même temps, je sentirais toujours mieux comment le soigner, l’accompagner s’il s’agit d’un arbre fruitier par exemple. L’approche goethéenne présentée ici ne vise pas à nier ni à remettre en cause tout l’intérêt des recherches effectuées par la science moderne, elle se propose de compléter cette approche par une approche complémentaire.


Cette rencontre active, sensible avec la nature m’apportera de multiples bénéfices. Le premier étant de renforcer le sentiment de notre vie sur terre. La nature qui peut paraître grise au regard furtif du voyageur pressé, reprend formes, couleurs, odeurs, sens… Cela nourrit et vivifie aussi nos organes des sens, qui sont les sacrifiés de la civilisation moderne. Aujourd’hui certains de nos sens sont constamment accaparés, hyper-sollicités, surtout la vue et l’ouïe alors que d’autres sont oubliés : le sens de l’équilibre, le sens du toucher, etc. Nous percevons de plus en plus « le monde » à travers des appareillages : portable, télé, ordinateur, et (même au fi n fond des campagnes…). Cultiver un lien direct avec la Nature permet d’exercer tous ses sens. Ce faisant, on cultive aussi la faculté d’étonnement et d’émerveillement si vivifiante pour notre équilibre psychique. Et il peut arriver qu’une telle démarche éveille de nouvelles sensations, un écho intérieur : on sent que ce que l’on perçoit a à voir quelque chose avec soi. On crée un lien réel avec les êtres que l’on observe.


En pratiquant cela régulièrement, on découvre que la Nature se dévoile à nous comme un être qui se développe dans le temps. Et peu à peu ces liens créés activement avec la nature se renforcent et on développe un profond sentiment de respect et de responsabilité face à la nature…




Jean-Michel Florin


Pour aller plus loin : le livre « Rencontrer les plantes » de Jean-Michel Florin et Christian Escriva Edition Amyris

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