"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Libérer l’imaginaire - Transformer les crises en opportunités


Vous souvenez-vous du film «  Demain  » de Cyril Dion et Mélanie Laurent ? On y voyait une multitude d’initiatives plus créatives les unes que les autres. Au sortir de ce film, nous étions joyeux, enthousiastes et plein d’idées pour construire un monde moins polluant et plus équitable. Dès lors, au lieu de donner notre attention à la négativité véhiculée par les médias mainstream, et si... nous stimulions plutôt nos ressources positives afin de mobiliser les trésors d’ingéniosité de notre imaginaire ?


L’épidémie qui secoue le monde nous offre une opportunité unique. Pendant le premier confinement, nous avons pu observer la faune sauvage revenir dans les espaces d’où elle avait longtemps été bannie, un air plus pur remplacer l’habituelle pollution, les rythmes effrénés faire place à des rythmes plus naturels, le joyeux chant des oiseaux remplacer les bruits artificiels de la circulation… Face à l’immobilité généralisée, nous avons été nombreux à entrevoir le potentiel positif de la situation et à nous demander : « et si c’était toujours comme cela ? ».


Cette pause imposée a également semé le doute : se pourrait-il que, malgré tout, le monde revienne à ses vieilles habitudes destructrices, dévoreuses de ressources et émettrices de carbone  ? Serait-il possible de revenir en arrière, alors même que nous avons tous goûté aux prémices d’une autre façon de faire  ? C’est fort probable, car les conditionnements individuels et collectifs sont puissants. Néanmoins, nous savons intimement que rien n’est perdu, une force intérieure nous murmure qu’il est encore possible de changer de cap.


Alors qu’avant la crise sanitaire, notre capacité collective à imaginer un autre monde semblait nous avoir abandonnée, nous sommes désormais infiniment plus nombreux à ouvrir les yeux, à nous poser les bonnes questions et entrevoir à quoi pourrait ressembler un monde plus équilibré.

Bien que personne n’ait souhaité que la prise de conscience soit provoquée par une épidémie mondiale, il est désormais beaucoup plus facile d’imaginer à quoi pourrait ressembler une société plus en phase avec la nature et à faibles émissions de carbone.


Une crise de l’imagination

Rob Hopkins, fondateur du célèbre ‘mouvement de la Transition’, permaculteur dans l’âme, auteur et conférencier international, a beaucoup réfléchi à ce qu’il appelle «  la perte de l’imagination de la société » et à la nécessité de raviver une véritable culture de l’imaginaire. Selon lui, cette force de l’imagination collective est la seule qui puisse provoquer les changements nécessaires afin de résoudre efficacement des problèmes majeurs, tels que la pauvreté, l’effondrement de la biodiversité, les extrémismes et l’urgence climatique.

Son dernier ouvrage « Et si... on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? », explore ce qu’il appelle « une crise de l’imagination ». Un thème cher à de nombreux auteurs, activistes et journalistes, tels que Bill McKibben dans son ouvrage «  Humanicide ou la fin d’un règne  » ou encore Naomi Klein (révélée par le best-seller « La stratégie du choc ») dans son récent « Plan B pour la planète - Le New Deal vert  ». Ils expriment tous que les crises planétaires sont les conséquences d’un véritable « échec de l’imagination collective ».


Sortir des sentiers battus

Qui de mieux placé que Rob Hopkins pour éveiller notre imagination  ? Lui qui a vécu une vie enflammant l’imaginaire  : après des études à l’école Waldorf de Bristol (pédagogie Steiner), il obtient un master en sciences humaines et sociales et un doctorat de l’université de Plymouth. Il part ensuite vivre 3 ans dans un monastère bouddhiste tibétain en Toscane avant de voyager en Inde, en Chine, au Tibet, à Hong Kong, puis au Pakistan où il acquiert ses premières expériences d’agriculture résiliente et durable dans la vallée de Hunza. Il crée ensuite ‘Baile Dulra Teoranta’, un organisme de bienfaisance, dans le but de créer un projet d’écovillage, et met en place le premier cours de permaculture au monde sur deux ans. En 2005, il initie le mouvement des ‘Villes en Transition’ à Totnes en Angle-terre. De nombreuses réalisations inspirantes suivront, telles que : Open Eco Homes, Eco Homes Fair, Transition Homes, Transition Streets, le Forum des entrepreneurs locaux, la monnaie locale de Totnes, le Festival du film de la Transition ou encore le célèbre ‘Transition Network’, un organisme conçu pour soutenir les nombreuses initiatives de transition émergeant dans le monde…

Bref, disons que Rob sait comment sortir des sentiers battus !


Au cours des deux ans de recherches et des 100 rencontres-interviews qu’il a faites pour rédiger son dernier livre, il a pu lister de nombreux exemples de la façon dont nos ‘muscles de l’imagination’ se sont relâchés ces dernières décennies.

« Nous avons passé 30 ans à créer les conditions parfaites pour nuire à l’imagination humaine. Et nous en récoltons maintenant les fruits, au pire moment pour que cela se produise », dit-il, alors que le spectre de la dévastation climatique se profile et que l’effondrement de la biodiversité est à son paroxysme.


Depuis le début des années ’90, alors que notre QI moyen continue d’augmenter, des études démontrent que nos facultés d’imagination ont fortement déclinées. Les causes sont multiples. Nous vivons une époque d’anxiété et de stress, prisonniers des rythmes implacables de la société néolibérale moderne qui limite les activités ‘non productives’. Comment passer du temps à nourrir l’imagination alors qu’il faut courir et gagner sa vie afin de répondre aux besoins vitaux et à tous les autres faux-besoins créés par le système en place ?

Même les matières artistiques et créatives font de moins en moins partie des programmes scolaires qui donnent une priorité disproportionnée aux matières techniques et rationnelles.


Ajoutons à cela la destruction galopante des merveilles du monde naturel, le manque d’intérêt ou de temps à les contempler afin d’en recevoir les précieux enseignements, et nous commençons à comprendre comment l’imaginaire collectif s’est réduit à une peau de chagrin…



Raviver l’imaginaire

S’il est effectivement évident que nous avons perdu en grande partie notre faculté d’imagination, comment la raviver ? Plusieurs pistes s’offrent à nous. Outre la prise de conscience et la volonté de redonner une place à l’imaginaire dans nos vies, il faut recréer de l’espace pour son déploiement. Au sens figuré, mais aussi au sens propre. Personne ne peut avoir de bonnes idées créatives lorsqu’il est complètement stressé dans un bureau exigu, sous une rangée de néons et dans un environnement bruyant… Il faut se donner l’espace et le temps pour cela : sortir au grand air, retrouver la connexion avec le monde vivant, s’ouvrir à d’autres visions du monde et même à plus grand que nous.


Des propositions telles que le ‘Revenu de Base Universel’ et la ‘Semaine de 4 jours’ devraient devenir de véritables stratégies de renforcement de l’imagination collective. Diminuer le temps de travail peut évidemment créer cet espace d’imagination qui, loin d’être du temps perdu, peut se révéler très efficace à court ou moyen terme pour améliorer notre quotidien et celui de nos communautés locales.



Nous avons besoin de recréer des espaces où l’imagination peut être invitée, qu’il s’agisse de bâtiments dans nos quartiers ou de lieux extérieurs (parcs, jardins, …). Et nous avons besoin d’activités collectives qui nourrissent cet imaginaire. Que cela soit dans un groupe de citoyens engagés, auprès des élèves d’une classe ou d’une école entière, au sein d’un cercle spirituel ou d’un parti politique, ces regroupements peuvent devenir un terrain fertile à l’imagination. Comment ? En osant libérer l’art de rêver et d’imaginer collectivement comment améliorer les choses localement.


Rob Hopkins donne ainsi l’exemple de la création d’un ‘Ministère de l’imagination’ à Mexico City ou encore la mise en place de 6 ‘Bureaux de l’imagination civique’ (BIC) par la municipalité de Bologne, en Italie (qui a conduit à plus 500 pactes  entre la municipalité et les citoyens !).


Concrètement, chaque BIC organise des événements pour inviter les citoyens à faire preuve d’imagination pour leur rue, leur quartier ou leur ville (potagers communautaires, ateliers d’échange de savoirs, rue piétonne & fleurie, …). A chaque fois, un ‘pacte’ est réalisé avec la municipalité qui leur offre des moyens pour en faire une réalité.


Ce qui est très encourageant, c’est qu’il ne faut souvent qu’une toute petite impulsion pour que les choses bougent et se concrétisent !


L’art de rebondir !

Mais attention, il ne suffit pas de simplement ajouter un peu de vert dans notre modèle actuel pour entretenir

l’illusion. Ainsi, Rob Hopkins fait la distinction entre imagination et innovation. « L’innovation est quelque chose que vous faites lorsque votre modèle fondamental fonctionne bien », dit-il, « Je compare cela à la pizza. Vous n’avez pas besoin de réinventer la pizza car elle est géniale. Vous innovez avec différentes garnitures, fromages et farines, mais vous ne jouez pas avec le concept de base. L’économie néolibérale basée sur la croissance n’est pas comme la pizza. Lorsque votre modèle fondamental vous pousse d’une falaise, vous n’innovez pas. Vous devez imaginer autre chose ! »


Le mouvement de la transition offre justement un excellent exemple de comment imaginer autre chose. Étendu à plus 50 pays à travers le monde, ce mouvement compte désormais des milliers d’initiatives de transition à l’échelle d’un immeuble, d’une rue, d’un quartier, d’une école, d’un hameau, d’une université, d’un village ou d’une ville.


Le terme «  résilience  », ou l’art de rebondir face à un choc, est utilisé par les ‘transitionneurs’ pour parler de la construction d’un monde à faibles émissions de carbone, plus respectueux et solidaire. Concrètement, ce mouvement inspirant offre aux citoyens un espace afin qu’ils puissent se réunir pour imaginer des solutions locales aux grands défis collectifs, en créant une culture de soutien mutuel dans laquelle tout le monde se sent impliqué.



Le mouvement utilise comme point de départ la fin de l’ère du pétrole pour libérer l’imaginaire et apprendre à ‘rebondir’ dès maintenant, mais d’autres ‘chocs’ peuvent être utilisés, notamment la crise sanitaire du Covid-19…


Imaginer aller sur la Lune… puis y aller !

Il est également indispensable de nourrir et diffuser des récits plus inspirants pour le monde. Actuellement, nos histoires collectives sont encore trop axées sur les désastres en cours et leur inévitabilité, ce qui fait que nous excluons inconsciemment la possibilité que nous puissions réellement nous en sortir. Il est donc essentiel de libérer nos imaginaires des filets du mental raisonnant, de remplacer les « oui mais… » par les « oui et… », afin de créer de nouveaux récits collectifs résolument positifs. Des histoires ingénieuses grâce auxquelles nous nous autorisons à rêver un avenir où les grands défis ont été surmontés. De nouveaux ‘souvenirs du futur(1)’ qui nous donnent envie de les voir se réaliser pour le plus grand bien de tous.


Rob Hopkins utilise souvent la métaphore du voyage sur la Lune pour illustrer le lien puissant entre l’imagination, le désir et sa concrétisation. Ainsi, ce n’était pas l’idée d’Armstrong d’aller sur la Lune. Ce n’était pas non plus l’idée de JFK d’aller sur la Lune. Nous allions déjà sur la Lune depuis des décennies. Jules Verne est allé sur la Lune, Tintin est allé sur la Lune, Sinatra est allé sur la Lune…

Nous sommes allés sur la Lune dans des films, des bandes dessinées et quantité d’autres romans. Et quand nous sommes effectivement allés sur la Lune le 20 juillet 1969, nous y avions déjà été des milliers de fois grâce à l’imagination humaine. Ces récits avaient créé un terrain si fertile et un désir si profond que sa concrétisation était naturellement devenue inévitable. Ainsi, imaginer le monde auquel nous aspirons tous et le désirer au plus profond est une étape fondamentale pour préparer au mieux sa manifestation.


Pour créer ce désir d’un monde plus juste et respectueux, plus biodiversifié et à faibles émissions de carbone, il est contre-produc-tif de perpétuer les récits monocordes des médias ‘mainstream’ qui tournent en boucle autour des dernières statistiques glaciales, des politiques aux vaines promesses ou des institutions prisonnières des lobbies… Nous réveillerons plutôt ce désir en le nourrissant avec des récits enthousiastes et lumineux, de nouveaux mythes et hymnes inspirants, des initiatives de transition palpitantes et créatives, des chansons, de la poésie, des films, du théâtre, de l’art, de la beauté, ... en libérant nos imaginaires !


C’est là le point de départ qui nous encourage à oser le « et si… », deux simples mots, prémices d’infinies créations imaginaires. En  adoptant dès aujourd’hui le réflexe de se dire « et si… » plutôt que « oui mais… », nous pratiquons un exercice puissant, constructif et drôle qui permet de jeter les bases d’un nouveau monde où tout est possible.


Et si… on s’y mettait joyeusement sans plus attendre ?













Dernier livre de Rob Hopkins

aux Editions Acte Sud.

Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ?







(1) voir article  : «  Les synchronicités, entre coïncidences signifiantes et rétro-causalité  » publié dans ETRE Plus #321 d’octobre 2020.


RÉFÉRENCES :

« Et si... on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? » de Rob Hopkins chez Actes Sud

« Métaphysique de l’imagination » de Cynthia Fleury chez Fleurus

« La loi et la promesse - L’imagination divine et humaine ne font qu’une » de Neville Goddard chez Octave www.transitionnetwork.org

www.reseautransition.be




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