"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Les signes venus de l’au-delà



Entretien avec Edith Soonckindt


Edith est traductrice professionnelle. Elle a à son actif la traduction en langue française de quelques grands noms de la littérature contemporaine : Rose Tremain, Donna Tartt (prix Pulitzer 2014), Joyce Carol Oates ou Tim Burton. Elle écrit également des romans. Et elle vient de publier un livre étonnant, où cette femme qui se définit comme sceptique, rationaliste et athée raconte comment elle a reçu Les Signes que l’au-delà nous envoie. Intrigué, j’ai voulu la rencontrer pour lui poser quelques questions…



Vous vous dites « cartésienne », mais vous avez commencé il y a 25 ans à recevoir des signes de l’au-delà. D’abord, en échappant plusieurs fois à la mort. Comment vous est venue l’idée qu’il s’agissait là de « signes », comme vous les appelez ?


C’est le cumul des incidences qui m’a conduite à penser qu’il se passait quelque chose en dehors du monde « rationnel ». Je suis laïque, née et élevée en France dans un milieu laïque, et les signes sont apparus depuis que je vis à Bruxelles. Un éditeur, intéressé par ces expériences, a fini par me commander ce livre : en l’écrivant, j’ai réuni les pièces d’un puzzle éparpillées jusque-là. Malgré ces expériences, je continue cependant de douter. Il est vrai que tout dans ce monde conduit à douter : raconter des expériences avec l’au-delà peut facilement vous faire passer pour fou. Mais en parlant avec des amis, j’ai compris que d’autres vivent des expériences similaires. Elles peuvent aussi susciter de l’envie…


Vous indiquez que les signes reçus sont « de plus en plus forts ». Pourquoi, selon vous, cette montée en puissance ?


Sans doute n’étais-je pas prête à recevoir tout cela d’un seul coup. On ne voulait pas m’effaroucher ; c’est pourquoi les choses sont venues progressivement. Le crescendo correspond peut-être à un « plan » là-haut : mon scepticisme a-t-il incité ce « plan » ? Peut-être veut-on se servir de ma main, de mon écriture, pour convaincre d’autres…


Un détail surprenant : le Dalaï Lama aurait parlé de « mauvaises vibrations » présentes à Bruxelles ?


J’ai entendu à la radio que, en visite dans la capitale belge, il aurait dit cela… Serait-ce dû au fait que cette ville a été construite sur des marais asséchés ? Ce serait une piste… J’en parle au conditionnel, car il faudrait retracer ces propos. Bruxelles est en tout cas une ville très particulière : y règne le « réalisme magique », et c’est ici que les événements, pour moi, se sont accumulés.


Une des expériences les plus troublantes que vous rapportez est celle de votre chute dans une faille de l’espace-temps…


Celle-là s’est déroulée… à Paris ! J’y séjournais chez une amie. Je quitte son domicile le matin, visite la ville. Le soir venu, dans la station de métro proche de chez elle, je ne sais plus quelle sortie emprunter. Je m’adresse à un vieil homme, qui me renseigne. Je suis ses indications, et me retrouve dans la rue de mon amie. Mais j’observe peu à peu des choses étranges : des volets comme on en voit pas à Paris. Les pavés sont mouillés, or il n’avait pas plu ce jour-là et les rues de Paris ne sont plus pavées depuis longtemps. Pas un seul bruit, pas une voiture qui passe. Les lampadaires ont fait place à des réverbères ! A travers les volets, j’aperçois la lueur de bougies. Arrivée au bout de la rue, sans avoir retrouvé le domicile de mon amie, je commence à prendre peur. Revenant sur mes pas, je vois sur une plaque qu’il s’agit de la « petite rue D. », or mon amie habite « rue D. ». Je finis par retrouver sa rue, mais j’enquêterai ensuite : sur les plans, la « petite rue D. » n’existe pas !


Selon vous, le transgénérationnel serait le « royaume de l’invisible » par excellence ?


Oui. J’y ai été amenée par une amie réalisatrice, qui a perdu son bébé à la naissance. Elle a consulté une personne qui lui a permis de donner du sens à cet événement. En 2016, j’ai eu à mon tour envie de fouiller le passé : si nous naissons en héritant de la couleur des yeux de nos ancêtres, nous héritons aussi de leurs secrets comme de leurs rêves. En débroussaillant le chantier familial, en mettant des mots sur les maux, on peut se libérer soi de certains fardeaux et on peut en libérer ses proches. Dans ma famille paternelle, il y eut des marins cap-horniers, et il y a une ascendance corse… Mon arrière grand-mère maternelle, très belle, avait été louée par son père à un aubergiste : elle a vraisemblablement subi du harcèlement dans l’auberge. Et, à mon tour, comme certaines cousines, j’ai connu des relations avec des hommes toxiques. Mais, à l’issue de ma thérapie transgénérationnelle, j’ai surtout découvert mon « pacte avec la mort ».


C’est le chapitre du livre qui m’a le plus impressionné : quel était ce pacte ?


C’est à la fois étrange et très simple. Au cours de l’analyse transgénérationnelle, il est apparu que ce pacte se serait formé avant ma naissance. En effet, mes parents avaient deux rhésus sanguins incompatibles : je pouvais mourir à la naissance ou devoir être entièrement transfusée. La Mort, in utero, m’aurait proposé un pacte : je t’autorise à vivre, en échange je te prends ta joie de vivre. Sous des dehors sociables et communicatifs, j’éprouve souvent une profonde tristesse intérieure…


Nous cohabitons sur Terre, pensez-vous, avec des entités invisibles ?


Cela se pourrait. D’après une amie chamane, l’audelà se situerait ici-bas, avec nous... Cette affirmation m’a impressionnée. A la fi n de mon livre, je rapporte le récit troublant d’une personne, disant avoir rencontré un ange, un soir, sur une route de campagne. Il faut se montrer prudent avec ce type de rencontres : certaines personnes, qui passent pour des anges, peuvent s’avérer maléfiques ! Si mes capacités médiumniques sont réduites, plusieurs amis perçoivent des entités vivant à nos côtés. S’agit-il de la coexistence de périodes temporelles différentes, ou d’âmes qui restent ancrées ici-bas et qu’il faudrait aider à « passer » de l’autre côté ?


Une très belle phrase, à la fi n de votre livre : « Je crois bien, aujourd’hui, que je n’ai rien de plus important à faire sur Terre que raconter et aider »…


J’ai beaucoup réfléchi à tout cela. Peut-être est-on venu me chercher, persistant à vouloir me convaincre, en dépit de ma méfiance, de mes doutes perpétuels ? J’en suis venue à la conclusion que mon métier consistait à être une « passeuse de mots », que j’avais pour mission d’être « la main qui écrit ». Que j’étais chargée de transmettre mon vécu particulier, d’athée sceptique ébranlée par des signes répétés.




Propos recueillis par Arnaud de la Croix













E. Soonckindt, Les Signes que l’au-delà nous envoie, éd. De Vinci, 256 p., 16,90 euros.


 

(1) Dormir, rêver, mourir. Nil éditions, 1998