"J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé."

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Le délire transhumaniste



Faire de l'humain un dieu … Voilà tout le programme. Voilà tout le problème.


Disons-le d'emblée et abattons les cartes. Je suis ingénieur et docteur en physique et les systèmes et processus complexes et Dieu sait si un organisme vivant – et humain qui plus est – est bien un système hypercomplexe tisés de processus complexes entrelacés et intriqués.


Voici donc mon opinion franche et claire : le transhumanisme et le post-humanisme sont de pures fumisteries science-fictionnelles entre les mains d'apprenti-sorciers non scientifiques mais très riches, très arrogants et très orgueilleux (des "professeurs fol-amour" aussi dangereux que lui). Il faut commencer par distinguer et définir ce dont on parle : transhumanisme et post-humanisme ne disent pas la même chose, malgré leur proximité sémantique et leur parenté philosophique …


Deux concepts …

Le transhumanisme rêve d'incorporer des gadgets numérico-mécaniques dans les corps humains afin d'en augmenter ou d'en réparer les performances ; ce rêve sympathique n'ira pas très loin parce que les lois de la physique s'y opposent : l'ordre mécanique (l'ordre linéaire et déterministe des machines fabriquées par assemblage) et l'ordre organique (l'ordre non-linéaire et constructiviste des organismes vivants qui ne sont pas des assemblages de pièces, mais des émergences à partir d'eux-mêmes) ne sont pas compatibles. La grande majorité des prothèses (depuis la jambe de bois et le pied de porcelaine, comme la "dent en or", …) relève de cette logique qui, de nos jours, fonde le transhumanisme.


On remarquera que toutes ces prothèses (y compris les cœurs et reins artificiels) sont des machines mécaniques qui remplacent des "machines organiques" qui fonctionnent mécaniquement. On peut remplacer une rotule de genou ou un coeur par des machines artificielles, mais on ne pourra jamais remplacer ainsi un cerveau ou un foie qui sont des organes hautement complexes et non mécaniques.


Le post-humanisme vise, lui, des transformations génétiques ce qui est une tout autre histoire. Ici, il s'agit d'intervenir sur les codes génétiques humains dans le cadre de la théorie néo-darwiniste. En gros, chaque personne s'est construite de l'intérieur à partir d'un ovule fécondé qui a "fondu" ensemble les gènes du père et de la mère. Cet ovule, par divisions cellulaires, construit l'organisme entier selon le "programme" contenu dans son noyau. Si l'on intervient sur le code de ce programme, on modifie la construction et l'on obtient un "autre" humain, potentiellement plus "quelque chose" (en performance, intelligence, sociabilité, beauté, longévité, courage, etc ...).


En réalité, les molécules d'ADN (les éléments du programme codé) ne sont pas comparables à des programmes informatiques qui se déroulent fiablement, linéairement, mécaniquement, sans "bugs". Il n'y a aucune correspondance biunivoque entre telle séquence génétique et telle caractéristique finale de la personne. La plupart des gènes ne servent à rien (apparemment) et ceux qui sont actifs le sont collégialement. De plus, depuis quelques décennies, on sait qu'en plus de la construction génétique (pseudo-programmatique) se surajoute une construction épigénétique qui va activer ceci plutôt que cela en fonction de l'influence du milieu extérieur (on revient ainsi à une espèce de transmission "indirecte" des caractères acquis chère au chevalier de Lamarck).


Là, on joue avec le feu !


D'abord, la vie – le vivant – reste mystérieux et largement incompris : que les biologistes sérieux commencent d'abord par fabriquer une cellule vivante in vitro, et on pourra peut-être, alors commencer d'en discuter. Mais ce n'est pas demain la veille …


Ensuite, sans être fan du principe de précaution (qui peut aussi devenir, parfois, un principe de castration intellectuelle), il paraît raisonnable de ne pas s'aventurer à jouer puérilement avec les fondements de la vie alors que la science est encore très loin d'en maîtriser les arcanes profonds.


Enfin, il faut bien comprendre que la Vie est un processus irréversible qui évolue, mais ne revient jamais en arrière. Aussi, toute manipulation génétique qui "foire" n'est plus jamais effaçable et se transmettra et se propagera à l'infini et à une vitesse imprévisible. Sans sombrer dans le complotisme, il n'est pas impossible que la récente pandémie soit la conséquence d'une mauvaise manipulation dans un laboratoire chinois de modification génétique.


Transhumanisme et post-humanisme …


Aller au-delà de l'humain tel qu'il est, aujourd'hui, naturellement.


Dépasser artificiellement l'humain, est-ce le rendre aussi plus inhumain ? Les idéologies nazies et communistes, elles aussi, rêvaient de créer un "homme nouveau", supérieur à l'humain naturel. On voit où cela à mené tant dans les officine du docteur Mengele que dans les hôpitaux "psychiatriques soviétiques.


Trois voies …

Trois voies s'ouvrent, conceptuellement, pour passer à un surhumain artificiel : la voie mécanique (robotique) qui consiste à remplacer ou à amplifier les fonctions physiques des humains, par des machines fabriquées dans des usines ad-hoc, le voie numérique (algorithmique) qui consiste à implanter dans les systèmes nerveux humains, des puces électroniques ou équivalents visant à simuler, à stimuler ou à inhiber certaines fonctions nerveuses ou cérébrales, et la voie génétique (eugénique) qui consiste à intervenir sur le capital génétique humain, à le modifier et à espérer ainsi produire des individus correspondant mieux aux attentes sociétales ou morales (comme on le fait déjà avec certains bétails d'élevage).


Aucune de ces trois voies n'est ni sécurisée, ni sécurisante. Et toutes les trois partent d'un présupposé implicite, mais faux : les technologies humaines, fondées sur une science mécaniste, seraient capables de modifier, en mieux, la réalité biologique et organique (donc non mécanique) des êtres vivants, en général, et des humains, en particulier.


Conclusions

Les excès de la dématérialisation et des fuites mentales dans les mondes immatériels (les métavers) conduisent déjà à un rejet du matériel, du corporel, du charnel. L'humain se voit déjà "pur esprit" connecté à une machine algorithmique de simulation ; déjà on constate le rejet des vies conjugales et sociales, au profit de vies connectées entourées d'ectoplasmes simulés.


Bien sûr, on pense à Matrix où les corps ne servent que de pile à combustible pour alimenter une immense vie virtuelle d'avatars algorithmisés. Bien sûr, on pense aux fantasmes transhumanistes où le matériel n'est plus que matériaux en vue d'une "autre vie" tant mentale que physique, hors de la spatialité et de la temporalité (le mythe de l'infâme immortalité y resurgit). Le hic est que l'imagination humaine est infiniment plus pauvre et médiocre que la réalité du Réel.


Le meilleur des algorithmes ne pourra jamais rien simuler de plus que ce que l'esprit est capable d'imaginer … et ce n'est pas grand chose.